Le Camping Nostradamus est un terrain de 3 ha dédié au tourisme au coeur d'une propriété de 36 ha: "Le Domaine de Curebourse". Cette propriété, agricole et touristique illustre une mutation de trois siècles avec ses ruptures et ses continuités.

L'existence de notre camping c'est l'histoire de l'ancien régime avec le déclin de sa noblesse, la prise de pouvoir de la bourgeoisie, les bouleversements de l'agriculture, le développement des vacances et des loisirs.

Petite chronologie

4 avril 1710: Achat par Jean Antoine Pascalis, bourgeois d'Istres, d'un terrain de 100 ha appartenant à la famille De Suffren, propriétaire des terres et du chateau de Richebois.

Ce terrain va devenir le Domaine de Pascalis, puis le Domaine de Curebourse. M. Pascalis, gendarme du Roi avait eu procès par la famille De Sade d'Eyguières pour avoir chassé sur les terres du seigneur. Offensé, mais fortuné, il avait décidé de créer une chasse privée sur la commune de Salon de Provence. La terre était peu cultivée l'eau, rare, provenait d'une petite "roubine" issu du canal de Craponne. C'est à l'est un territoire de chasse avec des chênes verts, des frênes et quelques mûriers, à l'ouest un "coussous" où viennent paître les moutons en hiver

2 mai 1724: Procès avec le Doyen De Suffren qui conteste la propriété et les servitudes acquises par M. Pascalis. Influent auprès du Roi, M. De Suffren obtient la création d'une nouvelle commune entre Salon et Eyguières: la commune de Richebois.

M. Pascalis, aidé par sa grande famille de bourgmestres, d'avocats, solidaires et têtus, ne voulait pas se trouver prisonnier de la puissance des Suffren

Aussi il s'entend avec la commune de Salon et obtient que sa propriété soit rattachée à Salon de Provence et forme une enclave enchâssée dans la toute jeune commune de Richebois.

Il Construit une première maison et par fermage développe quelques cultures vivrières

Pendant près de 60 ans, cet affrontement, entre bourgeoisie et noblesse, va se concrétiser par des procès et la production d'actes divers qui sont des archives précieuses pour la mémoire de notre territoire.

30 janvier 1783: création de la concession d'un grand canal d'irrigation qui va devenir le canal de Boisgelin (nom de l'évêque d'Arles), c'est ce beau canal vigoureux qui coule sur notre limite nord. La première maison de maître existe et l'eau abondante bouleverse le paysage agricole.

1792: La révolution se durcit en Provence et les De Suffren émigrent, leur propriété, château et terres, est saisie et revendue, la commune de Richebois disparait. C'est la fin de l'enclave et des abus du seigneur. Salon de Provence retrouve sa continuité territoriale.

1812 Joseph Gustave PASCALIS plante les platanes le long du canal. La commune d'Eyguières lui conteste ce droit, mais ne gagne pas son procès. Ce sont ces platanes que vous voyez en arrivant par la route.

En ces temps, l'affirmation de la propriété se faisait souvent par les plantations d'arbres

* pour délimiter le territoire avec les voisins, trouver les limites...

* pour affirmer sa puissance au coeur de la propriété par des allées dont l'une au moins était orientée Est - Ouest. La bourgeoisie reprenait ainsi des pratiques ancienne de la noblesse...

C'est une période paisible qui s'écoule de la Restauration jusqu'à la IIIèm république. Les mariages unissent les noms de PASCALIS, CAPPEAU et GAUTHIER.

Juin 1909, un puissant tremblement de terre, estimé à 4,8 sur l'échelle Richter, dévaste la région de Salon à Lambesc. Le village de Vernégues est rasé. La maison de maître est partiellement détruite, le choc est rude pour la famille et la grande guerre arrive

1919 M. GAUTHIER sans enfant, donne à son neveu marseillais Hubert GAVOTY, la propriété de Curebourse. Foins, moutons, arboriculture

1938 Hubert GAVOTY père, succombe brutalement. L'ainé de ses fils, Hubert fils termine ses études d'ingénieur agricole d'Angers et reprend la ferme en 1946. Foin, moutons, arboriculture puis élevage de vache et boucherie fermière.

1962 Elisabeth GAVOTY son épouse décide de diversifier les revenus et lance la création du camping. C'est la première saison du Camping Nostradamus, nous sommes en juillet 1962. Il y a un seul sanitaire et les premiers campeurs plantent leurs tentes sur le chaume d'une dernière récolte de blé...

Le tourisme complète les revenus de la ferme pendant 25 ans

1985 Gilles RIGOLE et Catherine GAVOTY, son épouse prennent la gestion du terrain et désormais la ferme et le camping sont deux entités autonomes.

Les terres sont dédiées au foin de Crau et un élevage de poulet, les moutons reviennent en hiver pour manger la dernière pousse de foin.

2008 Clément RIGOLE, l'un des trois enfants, devient co-gérant et se forme au métier.........................................

2010 Fabien FILLACIER avec Justine, avec ce dynamisme de leur génération, deviennent les fermiers du domaine. Foin et élevage bovins.

2012: 50em anniversaire du camping !

2013: Investissement dans le terrain de jeu et son auvent.

2014: mauvaise saison avec un mois de juillet atone et l'absence des néerlandais (calendrier des vacances, coupe du monde de foot, crise économique, etc)

2015: investir quand même dans les sanitaires B (toiture et locaux) et deux nouveaux Mobil homes et continuer à travailler les espaces verts.

.Nous affirmer comme un "SLOW CAMPING" soit un lieu où la relation humaine reste privilégiée, où il y ait de la douceur, de l'écoute, une certaine lenteur.

Que vous puissiez vous reposer du stress citadin sans que nous soyons désinvolte, indolent ou ennuyeux... Pari réussi ?

 

 

..................................." DE LA FERME AU CAMPING OU....... DU CAMPING A LA FERME "

..............................................................( In la revue TERRE DE MISTRAL N° 10 du mois de mars 1994)

Le camping Nostradamus ne devait au départ que compléter les revenus de l'exploitation agricole familiale. En 1962 : Hubert et Elisabeth Gavoty gérent une exploitation de 36 hectares à Salon de Provence.

L'exploitation (foin de Crau, arboriculture, élevage bovin) marche bien. Mais les propriétaires ont la tête sur les épaules et ne se contentent pas de ce qui existe. Ils pensent qu'un complèment de revenus serait le bienvenu. Pourquoi ne pas innover et créer un camping ?

Pendant vingt ans une parcelle de terrain accueille tentes et caravanes sans demander trop de soucis ou d'investissements. Pour Hubert et Elisabeth Gavoty, à l'âme sociale, c'est aussi le moyen de conserver sur l'exploitation les deux salariés agricoles du début, deux frères d'origine marocaine, Hassan et Omar.

Au fil des années, la clientèle du camping évolue. Elle désire de plus en plus de confort. Or, quand on est de la campagne, il n'est pas évident de se rendre compte des besoins des touristes. Les investissements restent minimes : le camping Nostradamus vieillit.

SEPARER LES DEUX AFFAIRES

Un gendre s'y intéresse alors. Depuis qu'il est dans la famille, il observe puis il reprend la gestion du camping. D'origine citadine, il apporte un regard différent à l'entreprise. Son premier soucis est de séparer juridiquement les deux affaires. D'un côté le camping ; de l'autre, l'exploitation agricole. Il identifie la nature des travaux et les flux financiers.

A chaque réalité correspond un chèque : location d'un terrain ou d'un outil, emploi d'un salarié de la ferme pour une tâche liée au camping. Le budget est clair. Il se sent indépendant.

Aujourd'hui, le camping est trois fois plus grand et réalise un chiffre d'affaire d'un million de F, contre trois cent mille pour la ferme. Il faut dire que malgrè le travail de qualité d'Hubert et Elisabeth Gavoty, les revenus agricoles baissent avec la chute des cours du foin de Crau. L'élevage de poulets ou la vente des bois de haie ne les améliorent pas vraiment. Aprés avoir été un complément de revenus pour l'exploitation, le camping devient la principale source financière de l'ensemble.

Tout est pensé pour le confort des utilisateurs comme, par exemple, l'espace, indispensable dans un camping rural. ici les emplacements font 100 M2 chacun. Rien à voir avec les campings de bord de mer !"

( In la revue TERRE DE MISTRAL N° 10 du mois de mars 1994)

 

LA CRAU - L'EAU - LE PAYSAGE DE SUD ALPILLES

La Crau, le poumon vert avant La Camargue aride

Un équilibre sensible

Quand on regarde la carte du Sud de la France et qu'on s'approche d'Avignon vers Arles, on a l'impression que le grand triangle vers la Méditerranée est une large surface qui devient en s'approchant de la mer de plus en plus aride, La Camargue.

Le connaisseur sait faire la différence. En regardant du haut des Alpilles vers le Sud on constate que dans cet immense triangle plat se trouve vers l'Est un autre triangle très vert : La Crau. Des kilomètres et kilomètres de canaux, bordés de haies d'arbres et arbustes. Au-dessous de ces haies et canaux se cache un secret. Une des nappes phréatiques la plus riche de France, au moins pendant l'été. Etonnement cette région avec 300 jours de soleil par an et des températures frôlant les 40° en plein été est plus riche en eau en été qu'en hiver.

Quelques kilomètres plus loin, en Camargue, il faut forer très profondément pour trouver l'eau douce. La Crau est en permanence menacée d'être un jour envahie par l'eau salée qui remonte de la mer. Le coin salé se trouve déjà au Sud de La Crau. La Crau et sa riche nappe phréatique donne de l'eau douce pour 265 000 à 300 000 personnes. Cette nappe extraordinaire, un vrai trésor naturel, est menacée par plusieurs dangers qui risquent de détruire un très sensible équilibre dû à son secret : l'irrigation gravitaire.
La plupart des voyageurs et beaucoup d'habitants ignorent que cet immense triangle de 30.000 ha soigne depuis plusieurs siècles un système de canaux qui demande un entretien permanent, payé par les exploitants qui vivent dans La Crau.

La Crau a une exploitation particulière, le foin. Le foin de Crau est une appellation d'origine protégée. Il est cultivé sans pesticides. La récolte se fait sur trois coupes de foin. Ce fourrage est vendu dans toute La France et exporté à l'étranger. La quatrième coupe qui est pâturée par les moutons a été menacée pour la première fois cette année.

Toute la plaine de La Crau est légèrement inclinée vers le Grand Rhône et la Camargue. Elle est traversée par un système de canaux très sophistiqués. Grâce à ce système de canaux les paysans pratiquent l'irrigation et ces minis inondations tous les 8 à 10 jours pendant 8 mois de l'année. Sur ces quantités d'eau apportées par l'irrigation gravitaire, seulement 20% sont absorbés par les plantes, les autres 80% traversent le sol et remplissent la nappe phréatique.

Cette nappe n'a aucun apport direct d'un fleuve, ni du Rhône, trop loin à l'Ouest, ni de La Durance. 70% proviennent de l'irrigation gravitaire et 30% en moyenne des infiltrations d'eau pluviale.

Si cette nappe venait à s'affaiblir, ce que l'on nomme le coin salé au sud de la Crau s'étendrait de la mer vers les Alpilles et l'eau qui arriverait chez les consommateurs serait une eau saumâtre.

Tout le long de cet immense réseau de canaux poussent des haies d'arbres qui assurent une protection contre le vent et font de cette grande surface un poumon vert exceptionnel et une biodiversité unique classée dans le programme européen Natura 2000.

Le réseau est basé sur les premiers canaux mis en place par Adam de Craponne au 16ème siècle. Aujourd'hui la longueur des canaux représente la distance de la Camargue jusqu'à Strasbourg : 400 km de grands canaux d'alimentation, plus 450 km de canaux d'assainissement. Il y a 1.600 km de fillioles d'irrigations, la distance Camargue Berlin. Les canaux sont entretenus par des associations syndicales Autorisées (ASA). Le prix de l'eau est calculé par ha desservi, et finance l'entretien des canaux. Les montants doivent être payés au percepteur. Au départ des canaux, l'eau en soi est gratuite, mais les agriculteurs payent le véhiculage de l'eau jusqu'à leur exploitation et l'entretien de ces canaux.

En plus les agricultures doivent une redevance à l'état (Agence de l'eau) de 4,27 € par ha et on parle d'une augmentation à 7 € par ha pour 2008. En tout la facture d'eau est plus d'un tiers du coût de la production totale, autour de 500 € pour 1.418 € de coût de production totale par ha. Le calcul de l'association Foin de Crau donne des revenus par hectare avec précisément 1.483 € contre un coût de 1.418 € (avec une rémunération de l'exploitant au SMIG). Un gain de 70 € par ha.

D'où vient l'eau pour les irrigations ?

La Durance est retenue dans le lac de Serre-Ponçon. L'histoire du barrage de La Durance commence en 1960. Le bassin peut contenir 14 000 000 m 3. Les eaux de la Durance sont dirigées et canalisées dans le canal d'EDF, le reste est rejeté dans le ce qui reste du lit naturel de la Durance. La première pénurie d'eau dans La Crau s'est manifestée en 1989. Le développement du tourisme autour du lac de Serre-Ponçon a obligé EDF à établir un quota afin que le lac, qui auparavant s'est vidé, reste toujours en eau pour satisfaire les touristes attirés par les activités sur le lac.

Maintenant ce sont quatre facteurs qui on leur droit, le tourisme autour du bassin de Serre-Ponçon, les paysans du Vaucluse et des Bouches du Rhône dont les exploitants de La Crau et les stations hydroélectriques d'EDF. L'attribution de l'eau du canal est réglée selon la loi de 1955. Cette loi est soumise actuellement à une grande discussion.

Les exploitants du Foin de Crau ont eu cette année, pour la première fois, une surprise difficile à digérer.

Déjà au mois de juillet de l'année derrière le quota d'eau attribué aux exploitants du Foin de Crau était épuisée suite à un hiver sans beaucoup de neige et un printemps sans beaucoup de pluie. Une fois la réserve agricole du barrage de Serre Ponçon épuisée, EDF a alors proposé l'achat d'eau de leur quota, c'est-à-dire qu'ils ont vendu une partie du quota EDF aux paysans de La Crau pour l'impressionnante somme de 795 000 Euros. Cette facture a été présentée et imposée sans négociation. Le montant a été justifié par L'EDF avec la perte de turbinage pendant la même période. Les autorités locales se sont montrées très concernées et les négociations avec eux sont encore en cours : il semble que 90% seront payés par l'état et les collectivités territoriales (Conseil Général et Conseil Régional) et 10 % par les agriculteurs. En relation avec le gain très serré par ha, chaque augmentation du coût de l'eau est une menace.

Cette année, pour la première fois, une partie de la quatrième coupe n'a pas eu lieu.

Les 100.000 moutons de La Crau, qui transhument chaque année vers les alpages, ont du rester pour certains dans les bergeries. La transhumance à travers les villages est devenue nostalgie. Cela se passe de nos jours par transport nocturne en camion, mais le pâturage est particulièrement important : les moutons pâturent quatre mois dans les près, quatre mois sur les coussouls, quatre mois dans les Alpes. En tout, les 100 000 moutons de La Crau entretiennent au total plus de 150.000 ha.

Sur les prairies, 8 à 12 brebis par ha, les moutons contribuent au maintien de la qualité du foin et à l'équilibre des exploitations. Dans les Alpes, les terrains pâturés sont moins sujets aux avalanches et plus favorables à la diversification de la faune et de la flore.

La quatrième coupe n'est pas une coupe de foin dans le sens des autres trois vraies coupes. La quatrième coupe est faite par les moutons qui reviennent des Alpes en Octobre. Si les moutons doivent restés dans les bergeries, les conséquences sont dramatiques dans ce sensible équilibre : La qualité de la première coupe est inférieure aux normes (AOC), puisque les prés ne sont pas « nettoyés » et ont des morceaux et parties trop durs pour la bonne qualité de la première coupe. La première coupe est destinée aux chevaux de courses, le prix est fort et la perte de l'appellation ne pourrait pas être rattrapée. Si les prés deviennent encore plus secs, il faut ressemer et la perte économique sera de longue durée car il faut plusieurs années pour qu'une prairie de Crau ait la flore caractéristique qui fait la renommée du Foin de Crau. Des coûts inattendus de cet ordre feraient exploser le budget sensible des exploitants du foin de Crau.

Et l'équilibre sensible de la nappe phréatique.

Et la distribution d'eaux douce pour 265 000 à 330 000 habitants..... Alors Mefi*

* Faites attention